Le secret pour faire durer le désir

 

A mon réveil, j’aime commencer la journée en écoutant des personnes inspirantes…  Je me retrouve donc souvent sur le site www.ted.com qui propose une multitude de conférences sur une multitude de sujets tous plus passionnants les uns que les autres.

Ce matin, le « hasard » m’a emmenée sur la page d’Esther Perel, auteur d’un livre que j’ai lu il y a déjà quelques années : L’intelligence érotique.

J’avais trouvé son livre intéressant, même s’il me manquait quelque chose (ce « quelque chose » qui m’a poussée à écrire Divine Sexualité) : la composante sacrée du désir et de la relation sexuelle.

En commençant mon écoute, je ne m’attendais donc pas à recevoir de véritables révélations…

J’ai cependant été captivée par ses propos, présentés de manière brillante avec humour et clarté.

Esther Perel nous explique avec brio que, ce qui rend difficile le fait d’entretenir le feu du désir dans un couple stable et durable,  c’est que nous sommes porteurs de  deux besoins fondamentaux mais contradictoires  : un besoin de sécurité et un besoin de liberté.

Paule Salomon résumait déjà ce paradoxe en  écrivant : « Le désir naît de la distance ».

Je vous invite à visionner cette conférence avant de nous retrouver plus bas sur cette page pour un résumé des points essentiels.

 

 

Qu’est-ce qui rend le désir durable et pourquoi est-ce si difficile ?

Ce qui fait durer le désir dans une relation stable est la conciliation de deux besoins humains fondamentaux : d’une part, notre besoin de sécurité, de prévisibilité, de stabilité, de fiabilité, de solidité : tout ce qui nous permet de nous ancrer dans nos vies et qui constituent notre base.

Mais d’autre part, on a un besoin tout aussi fort – hommes et femmes – d’aventure, de mystère, de nouveauté, de risque, de danger, d’inconnu, d’inattendu, de surprise.

Réconcilier notre besoin de sécurité et notre besoin d’aventure dans une relation, c’est une contradiction des termes.

 

Alors, on trouve quelqu’un et on lui demande : « Donne-moi le confort et donne-moi l’intensité, apporte-moi la familiarité et apporte-moi de la nouveauté, donne-moi de la prévisibilité et donne-moi de la surprise… Et on pense que c’est un dû et que les sex-toys et la lingerie fine vont nous sauver ».

Mais la crise du désir est une crise de l’imagination.

 

 

A la question :

« Quand vous sentez-vous le plus attiré(e) par votre partenaire ? »,

il y a trois groupes de réponses :

 

– 1) Je suis le plus attiré(e) par mon/ma partenaire quand il/elle est loin, quand nous sommes séparés, quand on se retrouve…

Le désir est donc plus intense quand cette personne tellement familière redevient momentanément mystérieuse, insaisissable.

C’est dans cet espace entre l’autre et moi-même que se situe l’élan érotique, le mouvement en direction de l’autre.

-2) Je suis le plus attiré(e) par mon/ma partenaire quand il/elle fait ce qui le/la passionne

Quand l’autre fait ce qui le/la passionne, il/elle est rayonnant, il/elle manifeste sa de confiance en soi.

Il/elle est le centre d’attention et il/elle attire d’autre personnes.

C’est probablement ce qui est le plus excitant pour la plupart d’entre nous : quand l’autre est rayonnant et auto-suffisant.

A nouveau, cela met entre l’autre et soi-même une distance qui permet l’élan érotique. Car cela permet de le regarder avec des yeux nouveaux, de rester ouvert(e) aux mystères qui vivent juste à côté de soi.

Et, ce qui est le plus important dans ce critère, c’est que, dans le désir, il n’y a pas de besoin : l’autre n’a pas besoin que je prenne soin de lui/d’elle

Prendre soin de l’autre, c’est aimer avec force mais c’est l’opposé très puissant d’un aphrodisiaque.

On ne peut pas être très excité par quelqu’un qui a besoin de nous. Quand l’un des deux partenaires a besoin de l’autre, cela tue le désir.

– 3) Je suis le plus attiré par mon partenaire quand il y a de la nouveauté, quand je suis surpris(e), quand on rit ensemble.

La nouveauté n’est pas un ensemble de nouvelles positions ou de nouvelles techniques.

La nouveauté c’est : quelles parties de toi dévoiles-tu pour la première fois ?

Le sexe n’est pas quelque chose que l’on fait. Le sexe c’est un endroit où l’on va, c’est un espace dans lequel on entre, en soi-même et avec l’autre.

Alors, où allez-vous avec le sexe, avec quelles parties de vous-même entrez vous en connexion,  que cherchez-vous à exprimer là ?

Est-ce le lieu d’une union transcendante et spirituelle ? Est-ce le lieu où on peut être coquin  en toute sécurité ? Est-ce le lieu où exprimer ses désirs infantiles ? Est-ce le lieu où l’on peut finalement abdiquer et ne pas être responsable de tout ? Est-ce un lieu pour exprimer ses désirs infantiles ?

Le sexe n’est donc pas juste un comportement, c’est un langage.

 

A l’inverse, si on pose la question :

« Quand ne ressentez-vous plus de désir ? »

 

Les réponses se situent toujours dans le même ordre d’idée :

Je me referme quand je me sens mort, j’arrête mon désir quand je me sens vieux,   quand je n’ai pas de temps pour moi, quand je n’ai même pas eu le temps de converser avec l’autre, quand cela se passe mal au travail, quand j’ai une faible opinion de moi-même, quand je pense que je ne vaux rien, quand je sens que je n’ai pas le droit de désirer, de prendre, de recevoir du plaisir.

Il est important de noter que ce n’est pas la même question que « Tu m’excites quand… » ou « Tu ne m’excites pas quand… » (questions qui se focalisent sur ce que l’autre fait ou ne fait pas plutôt que sur l’état dans lequel on se trouve soi-même).

Si vous êtes mort à l’intérieur, l’autre peut essayer beaucoup de choses pour la Saint Valentin, cela ne changera rien : il n’y a personne à la réception.

Eprouver du désir, c’est être capable de se réveiller, de s’enflammer, d’être vivant.

 

L’amour et le désir sont parfois contradictoires

 

Dans ce paradoxes entre l’amour et le désir, ce qui est énigmatique, c’est que les même ingrédients qui nourrissent l’amour – la solidarité, la réciprocité, la protection, le souci de l’autre, prendre soin de l’autre…- sont parfois les mêmes ingrédients qui étouffent le désir.

Parce que le désir s’accompagne d’un tas de sentiments qui ne sont pas toujours du goût de l’amour : la jalousie, la possession, l’agressivité, le pouvoir, la domination, la bestialité…

En gros, la plupart d’entre nous sont excités le soir par ces mêmes choses que nous combattons durant la journée.

 

Les animaux ont une vie sexuelle : c’est biologique.

Nous sommes les seuls à avoir une vie érotique. L’érotisme, c’est la sexualité transformée par l’imagination humaine.

L’intelligence érotique se cultive et ses ingrédients sont  le jeu, la nouveauté, la curiosité, le mystère…

Mais le pilier central, c’est l’imagination…

 

 

Que font les couples érotiques ?

 

-1) Ils ont un espace érotique qui leur est propre.

 

Ils comprennent que les préliminaires ne sont pas quelque chose que l’on fait cinq minutes avant l’acte sexuel lui-même.

Les préliminaires commencent plus ou moins à la fin du précédent orgasme.

Ils comprennent aussi qu’un espace érotique n’est pas commencer à caresser l’autre.

C’est plutôt construire un espace où on laisse tomber la gestion, le contrôle, c’est entrer dans cet espace où o n’est plus le « bon citoyen », le « bonne » personne qui s’occupe de tout et qui est responsable.

Le désir et la responsabilité ne s’entendent pas très bien.

 

-2) Les couples érotiques comprennent aussi que la passion a des hauts et des bas.

 

C’est comme la lune : elle a des éclipses intermittentes.

Mais ce qu’ils savent, c’est comment la ressusciter, ils savent comment la ramener.

Et ils savent comment la ramener parce qu’ils ont démystifié un grand mythe, qui est le mythe de la spontanéité.

Ils ne croient plus que la passion va tomber tout simplement du ciel pendant que l’autre plie son linge.

Ils savent que la sexualité avec un partenaire stable est une sexualité préméditée, intentionnelle, voulue.

C’est la focalisation et la présence.

 

Pour aller un peu plus loin

 

Au début de sa conférence, Esther Perel dit : « Dans l’amour, il y a le verbe avoir et, dans le désir, il y a le verbe vouloir »

Et elle pose cette question essentielle : « Peut-on vouloir ce que l’on a déjà ? »

Il y a là, selon moi, une clé essentielle à saisir, et pas uniquement dans la sphère du désir et de la sexualité.

En effet, finalement, notre difficulté à être heureux se résume à notre difficulté de savourer ce que nous avons.

Après les premiers moments de réjouissance d’avoir obtenu ce que nous voulons, nous éprouvons de moins en moins de plaisir… Un peu comme si notre capacité au plaisir était saturée par la présence permanente de la gratification… Et cela nous pousse dans une quête constante de vouloir autre chose…

C’est ce phénomène qui, dans le couple, provoque une extinction du désir lorsque nous nous sentons « en sécurité ». Quand nous sommes certains des sentiments de l’autre, il en devient moins attirant.

Il suffit pourtant qu’une tierce personne menace cette sécurité de la relation pour que l’autre redevienne précieux. Pourtant, l’autre est toujours le ou la même.

L’autre n’est pas différent… La seule chose qui a changé, c’est que je n’avais pas peur de le/la perdre… mais que maintenant, je ressens cette peur…

Dans le couple comme dans toutes les sphères de la vie, ce qui semble donner du prix à ce que nous avons, c’est de le perdre ou de risquer de le perdre.

C’est donc la peur qui nous permet de nous sentir vivants, passionnés, désirants…

Selon moi, c’est véritablement notre plus gros problème dans tous les domaines, c’est le plus grand obstacle à notre bonheur. Et apprendre à continuer, à travers le temps, à apprécier vraiment ce que nous avons, est notre plus grand défi.

Et si nous apprenions à apprécier  ce qui est là en imaginant que cela pourrait ne plus être là ?

Apprécier d’avoir chaud dans le confort de notre maison en imaginant que nous pourrions être celui qui dort dans le froid sous les ponts ?

Apprécier la nourriture qui est sur notre table en imaginant que nous pourrions être celui qui n’a même pas de quoi s’offrir à manger ?

Apprécier la présence de nos enfants turbulents en imaginant que nous pourrions être ce père ou cette mère en deuil ?

C’est peut-être à cela que pourrait nous servir aussi notre imagination…

Et ne pourrions-nous pas l’utiliser pour faire renaître en nous cette flamme pour l’autre, notre partenaire stable…

Et s’il/elle n’était plus là ? Et si il ou elle partait ailleurs, avec quelqu’un d’autre ou même mourait ?

Ne rêverions-nous pas alors avec nostalgie aux moments où il/elle était juste là, à nos côtés ?

Ne donnerions-nous pas tout alors pour qu’il/elle revienne, ne fût-ce que quelques instants ?

C’est à cette imagination-là que je vous invite…

Avant d’étudier le Kama-Sutra dans les moindres détails, avant-même de chercher à pimenter votre relation de couple par des scénarios d’acrobaties inédites…

Si l’autre vous semble moins attirant, si votre désir n’est plus au rendez-vous, si la lassitude vous envahit, si vous avez la nostalgie des débuts chauds et enflammés, commencez par imaginer que l’autre a disparu…

Créez-vous des films intérieurs d’absence et de perte… et observez ce que vous ressentez. Sentez l’élan de désir qui monte à l’idée de ne plus avoir l’autre dans votre vie…

 

Vous apprendrez ainsi à vouloir ce que vous avez !

 

 

 

 

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Commentaires

    1. Author

      Merci à toi pour ce commentaire positif, Luc…
      Cela me fait plaisir que tu apprécies 🙂

  1. Comme disait un Grand Philosophe:
    La pire des pauvreté n’est pas dans ce que nous n’avons pas, mais plutôt dans l’ignorance de ce que nous n’avons.

    Auquel je rajouterai une citation dans Transurfing 1 de Vadim Zeland, On ne se rend compte des vrais valeurs des choses qu’une fois qu’on ne les a plus…enfin l’esprit y est.

    Merci Véronique pour ce cadeau que tu nous fait en offrant ces articles qui sont délicieux.

    Cela semble Anodin, mais je sais qu’il y a beaucoup de travail de recherche derrière tous ça.

    Cela améliore la vie et le quotidien des Gens et respecte le programme initiale de la Création qui est de perpétuer d’améliorer la vie sur Cette Terre

    Au nom de tous cela MERCI.

    Au plaisir de te relire.

    A bientôt

    Alphrand MAILLOT
    Musique en cours: Lindsay Lowend – Bath House

    1. Author

      Merci, Alphrand, de ces citations de sagesse… qui sont bien inspirantes et, effectivement, dans la lignée de cet article.
      Merci également à toi pour ton appréciation chaleureuse de mon travail 🙂
      A très bientôt, donc, sur de prochains articles…
      Et d’ici là, je te souhaite de magnifiques moments d’appréciation de ce qui existe 🙂
      Véronique.

    1. Author

      Merci, Isabelle d’avoir pris le temps de déposer votre gentil commentaire.

  2. Merci pour cet article très clair et riche pour ma vie de couple. Je l’ai lu avec délice. J’aimerais partager que justement cette semaine nous avons écrit un article dans notre blog au sujet de la séduction. Si vous donnez comme piste pour le désir d’être dans une position où l’autre peut m’admirer, pour la séduction avant d’être en couple, c’est un peu pareil, je me dois d’être dans mon axe, de faire ce qui est bon pour moi pour nourrir mes besoin d’être admirée et reconnue par d’autres que par mon amoureux. Pour l’homme qui j’aime et que j’aimerais séduire cela sera facile de me rendre heureuse car je ne suis pas en manque, avec un réservoir affectif vide. Luciane

    1. Author

      Merci pour votre commentaire, Luciane…
      Vous avez parfaitement résumé l’idée globale 🙂
      Et l’homme que vous aimez doit également se sentir très heureux d’aimer une femme qui est facile à rendre heureuse 🙂
      Bien à vous,

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