Votre choix amoureux se fait-il vraiment par hasard ?

 

 

Lors de l’émission radio de Jean-Pol Hecq à laquelle il m’avait fait l’honneur de m’inviter, j’ai eu la chance d’échanger, par micros interposés, avec Madame Olivia Gazalé (Philosophe, Maître de conférences à Science-Po et auteur de « Je t’aime à la philo » paru aux éditions Laffont).

Au cours de l’émission, Madame Gazalé m’a posé cette question :

 

« Pourquoi choisit-on toujours celui ou celle qui nous fait souffrir? « 

 

Cette question résume le constat courant que l’amour est souvent source de souffrances.

Pourquoi en est-il ainsi?

– Aurions-nous une composante masochiste qui nous jetterait dans les bras de celui ou celle qui est destiné à être notre bourreau?

– Serions-nous complètement aveuglés par toutes ces hormones que notre cerveau secrète en abondance lorsque nous tombons amoureux?

– Est-ce le véritable objectif de l’amour que de nous labourer le coeur afin qu’il devienne plus fertile?

– Est-ce sa véritable nature que d’être si compliqué et si douloureux?

Je ne le pense pas…

Mais alors…

Comment expliquer alors que tant de personnes ont de l’amour et du couple une expérience (voire des expériences) si négatives?

Pourquoi nos différentes histoires évoquent-elles un mauvais feuilleton dont le scénario semble se répéter à l’infini et dont la fin est toujours la même ?

De nombreux penseurs, philosophes, psychologues, sexologues, neurobiologistes et thérapeutes divers se sont penchés sur cette question…

Nous aimerions tous disposer d’un « mode d’emploi » du couple.

Mais peut-être faudrait-il commencer par disposer d’un mode d’emploi de soi-même.

La célèbre citation « Connais-toi toi-même » de Socrate serait-elle toujours d’actualité ?

Je le pense…

Mais comment cette citation peut-elle nous aider à créer des relations amoureuses plus harmonieuses ? Simplement parce qu’elle nous permet de mieux éviter les deux pièges fondamentaux qui se dressent sur notre route dès le départ de toute relation.

 

Premier piège

 Nous portons des lunettes déformantes.

 

Durant notre petite enfance, nous percevons les événements, les situations et les réactions de notre entourage de manière très émotionnelle puisque notre capacité d’analyse intellectuelle est encore fort réduite.

Quelles que soient les qualités et les bonnes intentions de nos parents, certains événements sont alors pour nous sources de blessures profondes, blessures que l’on peut ranger dans sept catégories différentes (même si les étiquettes sont toujours un peu réductrices) : rejet, privation, humiliation/abus, abandon, négation, dévalorisation, trahison.

Ces blessures engendrent des croyances sur nous-mêmes, sur les relations affectives, sur l’amour.

Ensuite, nous décodons la réalité en fonction de ces croyances, un peu comme si nous regardions le monde et les autres au travers de lunettes spécifiques. Cette perception de la réalité éveille en nous des émotions et nous allons réagir en fonction de ces émotions.

Nos réactions engendreront des conséquences et ces conséquences seront bien souvent, malheureusement de venir amplifier nos blessures.

 

 

Deuxième piège

Nous cherchons réparation de nos blessures en dehors de nous-même.

 

Dans nos relations amoureuses, nous cherchons inconsciemment en priorité à recevoir réparation de nos blessures de base.

Pour pouvoir recevoir cette guérison, il nous faut bien entendu un ou une partenaire qui puisse jouer le rôle de celui ou de celle qui nous a profondément blessé. Comme un scénariste de film qui chercherait l’acteur le plus adéquat pour tenir un rôle bien précis tout en espérant que, cette fois-ci, la fin du film sera différente.

Mais, à cause de nos lunettes déformantes, quelles que soient les instructions que le scénariste croit donner, l’acteur choisi joue son rôle à la perfection et la fin du film est donc toujours la même.

 

 

Pour illustrer ce concept théorique, je vais vous donner un exemple très simple que vous avez déjà certainement observé autour de vous.

Une femme qui a vécu durant son enfance un ou plusieurs épisodes au cours desquels elle s’est sentie trahie par un de ses parents sera donc porteuse de la blessure de trahison.

La croyance qui est découle pourrait s’exprimer comme ceci : « Je dois me méfier, les autres ne sont pas dignes de confiance, ceux que j’aime risquent de me trahir ».

Pour obtenir réparation de sa blessure profonde, elle va choisir un partenaire susceptible de jouer le rôle de ce parent en espérant que ce partenaire, cette fois-ci, ne la trahira pas. par exemple, elle choisira un homme assez séduisant, ayant beaucoup de succès auprès des femmes. Inconsciemment, elle pense que si cet homme-là lui reste fidèle, sa blessure de trahison sera enfin guérie.

Mais sa croyance étant que les gens ne sont pas dignes de confiance et qu’elle doit se méfier, elle va interpréter les actions de cet homme en fonction de ses lunettes déformantes : par exemple, s’il reçoit un appel téléphonique d’une autre femme, elle va imaginer qu’il y a un risque que son compagnon la trompe avec cette femme.

Cette interprétation génère chez elle une émotion négative de peur et, à partir de cette émotion, elle va avoir une réaction dont l’objectif est d’éviter de revivre sa blessure de trahison, par exemple en se montrant méfiante, soupçonneuse, contrôlante.

Cette méfiance et ce contrôle susciteront fort probablement de la part de son compagnon une réaction de recul puisqu’il ne se sentira pas réellement aimé de la part de quelqu’un qui ne lui fait pas confiance.

Le recul de son compagnon engendrera à nouveau chez cette femme la peur d’être trahie et elle en sera d’autant plus encline à interpréter les actions de son compagnon selon ses lunettes déformantes.

 

Vous aurez parfaitement compris qu’au fil du temps, ce cercle vicieux interprétation / peur d’être trahie / réaction de contrôle risque de faire fuir cet homme qui, se sentant de plus en plus mal dans la relation, finira sans doute par chercher l’amour et l’épanouissement avec une autre personne : la blessure de trahison de cette femme sera réactivée.

Elle pensera : « J’ai bien fait de me méfier » et se montrera encore plus contrôlante dans la relation suivante…

Sa croyance de départ deviendra, à ses yeux, une « vérité absolue » : « Les hommes ne sont pas dignes de confiance »… « Vérité » selon laquelle elle vivra la suite de sa vie amoureuse et « vérité » qu’elle transmettra autour d’elle.

 

Pour être tout à fait complets, ils nous faut regarder également le volet de cet homme, impliqué lui aussi dans la relation et portant donc sa part de responsabilité.

Car, il n’y a pas de hasard, lui aussi a choisi inconsciemment l’actrice parfaite pour rejouer le film de son enfance tout en espérant transformer la fin.

Dans la pratique, et même si ce n’est pas toujours le cas, un homme qui choisit une femme contrôlante et jalouse (donc porteuse de la blessure de trahison) est souvent un homme souffrant de la blessure de dévalorisation.

Doutant donc constamment de sa valeur, cet homme cherche la preuve de sa valeur dans le regard de sa compagne et des femmes en général.

Ses lunettes déformantes vont lui faire percevoir la réaction de contrôle et de méfiance de sa partenaire comme autant de preuves de sa propre insuffisance.

Cette perception engendrera une émotion de tristesse ou de colère…

Cette émotion le fera réagir en ayant à nouveau besoin de chercher sa valorisation personnelle dans le regard d’une autre femme, faisant de lui une sorte de séducteur.

De besoin de plaire en besoin de plaire, il ne cessera de réactiver la blessure de trahison de sa compagne et donc sa méfiance et son contrôle.

Les deux cercles vicieux personnels de chacun s’imbriquent parfaitement, faisant tourner sans cesse la roue vers de plus en plus de souffrances mutuelles.

Alors, bien entendu, cet exemple est caricatural et simplifié.

Et, lorsque nous sommes à l’extérieur de la situation, c’est toujours plus facile d’y voir clair : n’importe lequel d’entre nous qui ne souffre pas de la blessure de trahison serait capable d’expliquer à cette femme que c’est elle-même qui crée l’expérience négative qu’elle vit dans ses relations amoureuses et que l’erreur n’est pas d’avoir mal choisi son partenaire mais bien de l’avoir choisi pour la mauvaise raison : le besoin de réparation de sa blessure de base.

La combinaison de cette «mauvaise raison» avec le piège des lunettes déformantes dues à nos blessures n’a qu’une seule issue possible : que l’amour soit une souffrance.

 

Mais au-delà de la simplicité de cet exemple, l’essentiel est de comprendre que tous, nous portons ces lunettes qui nous font confondre nos croyances avec la vérité. Il est donc important de savoir que nous sommes tous menacés de tomber dans ces deux pièges fondamentaux et d’apprendre comment les éviter.

Car c’est en prenant conscience de nos blessures de base, en apprenant à nous connaître en profondeur et en veillant nous-même à la guérison de nos blessures que nous pouvons commencer à enlever nos lunettes déformantes pour permettre enfin à l’amour de cesser d’être une souffrance et qu’il puisse devenir ce qu’il est vraiment : une source de bonheur infini.

 

Et vous ?

 

– Êtes-vous de ceux qui, de répétitions en répétitions d’un même scénario, de blessures en blessures, se sont résignés, sont devenus aigris ou cyniques?

– Ou, au contraire, êtes-vous de ceux qui ont fait le choix de garder leur cœur ouvert, malgré les blessures?

– Êtes-vous de ceux qui croient que l’amour est source de souffrance ou de ceux qui croient qu’il est source de bonheur?

– Êtes-vous de ceux qui se protègent en renonçant ou de ceux qui veulent vivre cet amour harmonieux et épanouissant?

Si, comme je vous le souhaite, vous faites partie de ceux qui ont gardé leur cœur ouvert, alors il est essentiel de sortir de l’illusion que c’est l’autre qui va vous guérir.

La fin de votre film ne sera différente que si vous prenez soin de VOTRE transformation intérieure.

 

Ce n’est pas de la magie, ce n’est pas réservé à quelques rares chanceux : c’est à la portée de tous, c’est à VOTRE portée.

Commencez par réfléchir à votre tendance à vous sentir trahi(e), rejeté(e), humilié(e)…

Cherchez à découvrir quelles sont vos lunettes déformantes…

Demandez-vous si vous n’êtes pas dans l’attente que ce soit l’autre qui vous guérisse de vos blessures…

Et si, par « hasard », vous n’auriez pas choisi l’acteur parfait ou l’actrice parfaite pour rejouer le rôle du bourreau tout en espérant, vous aussi, que la fin du film soit différente…


Dans la conférence, la séquence 3, intitulée : « Le couple de réparation » vous donnera des explications complémentaires.

 

Sur la page privée réservée aux membres, vous trouverez également un document pdf à télécharger qui résume le concept du cercle vicieux « Blessure – Croyance – Perception – Emotion – Réaction ».

Dans ce pdf un exercice vous permettra d’identifier le cercle vicieux qui risque d’être réactivé dans vos relations amoureuses.

choix amoureux

Pour télécharger ce pdf : Cliquez ici

Cet article fait partie d’une série d’articles que j’ai écrits pour le site

« Heureux en couple »

 

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Commentaires

  1. Bonjour Véronique,

    Vous m’avez lu dans la partie « peur de l’engagement ».
    Je souhaitais savoir si, dans le cadre de ces scénarios que vous décrivez, finalement est-ce qu’une issue heureuse engendre forcément une réparation ?

    Imaginons quelqu’un qui vous a choisi car vous correspondez à X ou Y raisons à un instant T aux blessures de la personne. Si à ce fameux instant T, le rôle que vous jouiez était défini par des éléments qui n’existent plus, et qu’au cours du temps vous vous révélez autre (et donc finalement à l’opposé de la blessure et donc guérisseur), cela peut-il rebuter la personne car JUSTEMENT, elle souhaite inconsciemment rejouer ce film de l’enfance à l’infini, plutôt que d’y voir une solution (car alors un vide se créé à la place de l’apaisement) ?

    Est-ce une issue qui se vérifie dans certains cas ? J’espère avoir réussi à exprimer mon idée de manière compréhensible.

    Je vous remercie encore Véronique.

    1. Author

      Bonjour Pierre,

      Cela arrive très fréquemment qu’une personne reste dans le besoin inconscient de rejouer son film d’enfance à l’infini…
      Et que, si le partenaire change et ne représente plus celui qui peut jouer le rôle potentiellement blessant, cela ne lui « convienne » pas…
      Alors, soit elle risque de ne plus éprouver d’attirance pour ce partenaire.
      Soit, elle va (toujours inconsciemment) essayer de le ramener dans son ancien rôle.
      De plus, il ne faut pas oublier les lunettes déformantes qui feront que, même si le partenaire ne souhaite plus jouer ce rôle, la personne peut très bien continuer à interpréter ses comportements comme étant ceux qui blessent.
      Un exemple : si un homme a eu une mère très dominante et que, petit garçon, il s’est senti nié, il a eu la sensation de ne jamais être entendu, il a eu la sensation qu’elle lui imposait ses choix à elle et qu’elle était tyrannique. Il choisira comme partenaire une femme ayant un caractère « fort », qui sait ce qu’elle veut, qui est plutôt dominante. Cette femme est la bonne « actrice » pour rejouer le rôle du tyran qu’il a connu. Si cette femme fait un travail sur elle-même et se transforme, souhaitant plus d’équilibre dans le couple, souhaitant ne pas toujours être celle qui décide de tout, souhaitant ne pas toujours être la locomotive du couple… et qu’elle apprend à s’exprimer de manière moins dominante, plus douce, plus respectueuse de l’autre, l’homme risque alors de ne plus trouver la relation attirante et de s’en aller. Ou (et c’est ce qui arrive le plus souvent), il va vouloir continuer à jouer le film et il restera suspicieux face à ses demandes à elle. Il interprétera tous ses comportements à elle comme étant des comportements tyranniques. Si elle tourne ses demandes en essayant d’expliquer pourquoi c’est important pour elle plutôt qu’en les imposant, il pourrait dire, par exemple, « Maintenant, tu ne me donnes plus des ordres mais tu me fais du chantage affectif ». Et il continuera à résister aux demandes, laissant sa compagne dans la souffrance de ne pas savoir comment exprimer ses demandes sans qu’il s’en méfie systématiquement. (elle serait par exemple porteuse de la blessure d’abandon et cet homme qui se méfie de ses demandes se rebelle en refusant d’y répondre positivement ce qui lui donne la sensation d’être constamment abandonnée).

      Ses filtres font qu’il ne peut pas percevoir le changement et qu’il continue à fonctionner dans ses schémas habituels.
      Alors, au bout d’un moment, ce sera probablement elle qui choisira la séparation parce qu’elle ne souhaitera pas continuer à être perçue de cette manière négative et qu’elle n’aura plus envie de jouer ce rôle dont elle ne veut plus.
      Après la séparation, lui ira très probablement rechercher une autre femme dominante… Il n’est attiré que par les tyrans potentiels donc il ne regardera pas les femmes douces et suiveuses…

      Heureusement, il arrive aussi que les deux partenaires puissent évoluer en même temps et qu’il prennent tous les deux conscience de ce film qu’ils rejouent dans leur couple.
      Alors, il est tout-à-fait possible que, en faisant un travail personnel en parallèle (et en échangeant beaucoup sur ce qu’ils découvrent), ils puissent cesser l’un et l’autre d’interpréter les comportements de l’autre comme étant ceux qui blessent et donc cesser de jouer le film.
      Mais la réparation ne provient pas réellement de l’autre mais plutôt de la prise de conscience que l’on fait et du choix que l’on pose d’enlever ses lunettes déformantes.
      Ainsi, si cet homme prenait conscience de sa blessure de négation provenant de sa mère et que c’est lui qui interprète les demandes de sa compagne comme tyranniques, il pourrait voir qu’elle se transforme et ne plus se sentir écrasé par elle. Il pourrait alors envisager de ne plus s’y opposer systématiquement et d’essayer de répondre à ses demandes. Lui aurait « réparé » sa blessure de négation et elle aurait « réparé » sa blessure d’abandon par exemple.

      J’espère que mes explications sont compréhensibles 🙂

      Bien à vous,

      Véronique.

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